mardi 27 août 2013

Du savoir-vivre en société (Facebook)

"Bonjour Casse-Noisette. J'aurais aimé savoir si je peux accepter l'amitié sur Facebook d'un jeune homme que j'ai rencontré en soirée sans passer pour une fille facile ?", Chloé, 29 ans.

Bonjour Chloé, je vais prendre le temps de répondre à ta question de manière exhaustive.

Avant d'accepter quoi que ce soit, sache que cette amitié te sera coûteuse et qu'elle risque de te faire souffrir. Laisse-moi t'expliquer.

Tu ne le sais peut-être pas, mais une récente étude américaine, dont les résultats ont été publiés dans la revue scientifique Plos One, a démontré les effets néfastes de Facebook sur l'humeur. Pourquoi ? Car l'implication virtuelle se fait au détriment de la vie réelle et donc en défaveur de l'épanouissement cognitif. Une autre cause de ce mal-être naît du fait que ce réseau social est une vitrine.

En effet, Facebook n'est pas la réalité. Non Facebook est bien pire que la réalité. Un miroir déformant, en quelque sorte. Ainsi, les gens qui sont beaux et mènent une vie trépidante, y sont encore plus beaux et même leurs photos n'ont pas assez de pixels pour le montrer. Les personnes qui n'ont pas de vie, quant à elles, s'efforcent d'y poster des choses qui n'ont aucun intérêt et sur lesquelles seules les personnes qui, comme elles, sont des "Nolife", réagissent. Sans compter les amis qui n'en sont pas et ne ratent aucune occasion pour poster et tagger des photos où tu es assez peu à ton avantage.

Si, malgré tout, tu te poses encore des questions, sache ensuite que cette amitié a d'ores et déjà un coût, avant même d'avoir commencé. En effet, l'économie numérique (Internet en fait partie) consomme 10 % de la production mondiale d'électricité (Les Echos, août 2013). Aussi, le fait d'allumer ton ordinateur, de te loguer sur le site et de cliquer pour accepter cette invitation à l'amitié fait gonfler le montant de ta facture énergétique.

A présent, réfléchis Chloé : cette amitié en vaut-elle vraiment la peine ? Ce nouvel ami sera-t-il là pour te secourir lorsque, à force d'échanges virtuels, GDF aura lancé un mandat d'arrêt international contre toi, et que tu n'auras même pas la force de te défendre, trop déprimée par les heures passées à te repaître de ces images factices servies sur le réseau ? Ne préfères-tu pas vivre des moments sincères dans la VRAIE vie ?

Alors, voici ma réponse : éteins ton ordinateur (finis tout de même cet article) et relis Eloge de la sincérité de Montesquieu. Si tu ne sais pas qui c'est, regarde sur Wikipédia. Dans une ère que tu ne soupçonnes même pas (imagine : pas d'Internet ni de téléphone portable), le sage homme parlait ainsi : "ôter la sincérité de l’amitié, c’est en faire une vertu de théâtre ; c’est défigurer cette reine des cœurs". Penses-y la prochaine fois que tu dois accepter l'amitié ou qu'on poste une photo de toi sur laquelle tu es assez peu à ton avantage.



- Avoir 437 amis sur Facebook, 153 posts de "bon anniversaire" et pas un seul pour le fêter en vrai...

dimanche 25 août 2013

Jeune, jolie et non imposable

Ozon a osé. Son film "Jeune et Jolie" est le portrait atypique d'une jeune fille de 17 ans en quatre saisons.

Eté. Alors que d'autres adolescentes découvrent peu à peu leur sexualité, celle-ci prend le parti de vendre son corps. Pas par nécessité, ou plutôt si. Une nécessité, non pas matérielle mais émotionnelle qui l'invite à flirter avec les limites de la décence pour se sentir vivre et vibrer. Mais le cœur de cette jeune femme au printemps de sa vie demeure désespérément en hiver. Portée par Marina Vacth (belle, rebelle et re-re-belle) la jeune lycéenne incarne une sorte de "lost generation", cherchant dans la subversivité la plus extrême une nouvelle fureur de vivre. 

Automne. Toujours est-il qu'en ces temps d'imposition, l'affaire donne à penser. Au vu de la trousse (généreusement) garnie de la protagoniste, et joliment arrondie sous l'affluence de billets de 100 €, on se met soudain à raisonner en toute amoralité. Quand on sait le coût écrasant du travail, la perspective de cette grasse aumône non soumise à l'ISR laisse songeur (rêveur ?). Et pendant qu'à Bruxelles Olli Rehn, le vice-président de la Commission Européenne, s'inquiète du poids des prélèvements obligatoires français, c'est du côté de Cannes et de son festival du film que l'on trouve des éléments de réponses.

Hiver. Ce n'est pas la hausse des prix du gaz en juillet qui va nous faire changer d'avis. En voyant Isabelle (Léa pour les intimes) et son argent facile et non imposable, on se dit que nous aussi, on troquerait volontiers chaussettes en laine contre bas de soie et qu'on ferait bien péter la facture énergétique sans se poser plus de questions. Alors on pousse le vice jusqu'à distribuer notre carte de donneur d'orgasmes en soirées, mais aussi à la sortie du métro et des supermarchés. Notre cœur est peut-être en hiver, mais il est tout à fait exclu que notre corps le reste, lui. 

Printemps. Jusqu'au jour où, parmi notre portefeuille, toujours plus prospère, de clients, celui d'un homme politique influent nous ouvrira les portes d'une non-imposabilité totale. Une hirondelle ne fait peut-être pas le printemps, mais une vache à lait aide toujours à mettre un peu de beurre dans les épinards.
 
 
Elle : Dans quelle case me conseillez-vous de les déclarer : revenu de solidarité active ou dons à des organismes d'aide aux personnes en difficulté ? Car c'est de la solidarité, nous sommes bien d'accord...